J’aurais voulu écrire comme lui

Jean Mattern, écrit comme s’il composait de la musique. Sa langue est limpide, poétique et…musicale.

Les Bains de Kiraly m’a bouleversée, c’est un livre que j’aurais voulu écrire pour plein de raisons, en tout les cas, il résonne et résonnera encore longtemps dans mon cœur.

J’ai aimé aussi de Lait et de Miel et Simon Weber, moins aimé Septembre.

Du coup, j’attends avec impatience le Bleu du Lac attendu pour mai 2018.

 

« Pouvons-nous jouir du bonheur quand toutes les questions liées à nos origines sont emmurées dans le silence ? Gabriel a perdu sa sœur, et son père aura comme seule réponse face à la détresse : « Dieu a donné, Dieu a repris. » Il va se réfugier dans l’apprentissage des langues étrangères et traduire les mots des autres, incapable de trouver les siens pour exprimer ses émotions. Il entreprendra la traduction du Docteur Faustus de Thomas Mann, mais son travail restera inachevé comme sa vie… Gabriel veut vraiment croire au bonheur. Il se mariera avec Laura, et la quittera quand elle tombera enceinte ; pas la force d’être père… Le souvenir de sa sœur morte le rattrapera toujours… « Un pas devant l’autre. » Le début et la fin de ce livre. Son seul réconfort « familial », il le trouvera au sein d’une synagogue pendant la fête de Yom Kippour (le grand pardon). Usant d’une magnifique langue poétique, d’une écriture pure et limpide, Jean Mattern nous conte dans ce premier roman en forme de confession l’impossible quête des origines, avec comme toile de fond la Hongrie, « une tache aveugle dans notre géographie familiale ». »

Le narrateur, un vieil homme condamné par la maladie, se remémore son passé et se confie à son fils Gabriel : son enfance en Transylvanie, à Temesvar (pour les Hongrois) devenue Timisoara, l’exil, et surtout son amitié infaillible pour Stefan. Leur séparation, brutale, sur un quai de gare, le hante encore soixante ans après. Le narrateur aimerait tant retrouver Stefan, savoir ce qu’il est devenu… Et puis il nous conte son histoire d’amour avec Zsuzsanna, la mère de Gabriel, une Hongroise lumineuse exilée en Champagne, comme lui. Il lui a promis une vie pleine d’amour, «de lait et de miel»… Mais le destin nous rattrape toujours, et leur bonheur va être brutalement brisé par un traumatisme irrémédiable : «Englués dans notre souffrance, nous avançons lestés, comme figés dans le temps. Mais parfois aussi, alors que nous voudrions tant conserver au fond de nous une image, un parfum, une parole, l’oubli, imperceptiblement, nous les ravit». Nous retrouvons avec bonheur l’écriture poétique, sensible et remplie de nostalgie de Jean Mattern, et cette quête d’un passé qui n’offre pas toujours de réponse.

Avec une écriture limpide, l’auteur revient dans ce récit sur la souffrance de l’âme. Gabriel régente la vie de son fils unique, Simon, dans un environnement feutré, silencieux et pudique. Cependant, l’annonce de la tumeur de Simon vient perturber leurs existences. L’échappatoire pour le jeune homme, c’est la fuite vers Israël, pour rattraper le temps de l’insouciance et profiter de celui qui lui reste, et pour trouver sa véritable identité. L’éloignement devient alors un rempart contre la culpabilité, le silence et la confession.

 

                                                           

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